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[eBook] Juste toi et moi - Volume 1

  • Editions Addictives 1 Août 2014

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1. Miami la polaire Je relis les termes du contrat que je tiens dans la main. OK, ce n’est pas le contrat du siècle. Ce n’est pas non plus ce qui me rendra célèbre. Mais ce contrat me permet de pratiquer, de payer mes factures courantes et, qui sait ? Un patient sera peut-être séduit par mon travail ? Peut-être qu’un mécène traîne dans ce genre d’endroit ? La clinique Ward est réservée aux plus riches. Je peux rêver ? Un peu ? Ses mains. Merci, monsieur Berner ! Mon ancien responsable de promotion des Beaux-Arts a tenu ses promesses. Il sait que ce n'est pas évident pour un jeune artiste de débuter en sortant de l'école. Et lui n'a pas voulu me laisser filer dans la nature, complètement livrée à moi-même. Je l'entends encore : « Mademoiselle Brighton, il ne faut pas gâcher ce talent. Je vais vous aider ! » J'ai travaillé d'arrache-pied toutes mes études et mes efforts ont payé. Tous mes profs m'ont encouragée à persévérer, à ne rien lâcher. Qu'est-ce que j'ai pu pleurer le dernier jour… M. Berner a donc mis en marche son réseau et m'a décroché une mission. La très réputée clinique Ward cherchait quelqu'un pour donner un peu de pep à l'un de ses meilleurs services. J'ai tout de suite accepté. Un travail ! En gros, je dois réaliser une fresque pour que les patients attendent dans une atmosphère moins « médicale ». Ce qui est drôle, c'est que grâce à ce contrat, j'en ai décroché un autre dans la foulée. Ma copine Molly, infirmière au Jackson Memorial Hospital m'a un peu pistonnée pour le même genre de mission, cette fois dans le service pédiatrique de l'hôpital. Je m'attends à deux mondes totalement différents. Et je dois avouer que cette fresque pour les enfants m’enthousiasme un peu plus que celle de la clinique. Si je peux leur apporter un peu de réconfort avec mes dessins, quelle récompense ! Deux contrats tombés du ciel ! J'ai promis à M. Berner que cette mission serait le point de départ de plein d'autres. Et j'ai promis un très bon resto à mon amie. J’espère tenir mes promesses ! J’ai rendez-vous ce matin avec l’assistante du médecin responsable du service de chirurgie esthétique. Je jette un coup d’œil au miroir de ma chambre, scrutant ma tenue. Elle est assez classique : un jean foncé et une chemise blanche. Je tente les talons ? Je ne peux tout de même pas porter mes vielles Vans… Mes ballerines en cuir noir seront parfaites, pas de risque de faux pas avec. On ne peut pas dire que je sois totalement sereine. J’ai déjà le job certes, mais c’est mon premier ! Je vérifie mes affaires : contrat signé, OK. Adresse de la clinique dans mon GPS, OK. Nom de l’assistante, OK. Quelques dessins pour lui montrer mon travail, OK. Lunettes de soleil… ? OK ! Ma voiture m’attend sagement en bas de chez moi. Il est 10 heures, j’ai rendez-vous dans une heure. Il ne fait pas encore très chaud, c'est agréable. En cette saison, Miami frôle les 30 °C. Et encore, nous ne sommes pas encore en été, juste en plein milieu du printemps ! Mais je suis une fille d’ici. Je ne crains pas la chaleur, au contraire, j’adore le soleil ! Je serais malheureuse dans une ville comme New York. Malheureusement, c’est là où se trouvent les plus grandes galeries… Je mets mes lunettes de soleil, démarre la voiture et souffle un bon coup. Ma carrière professionnelle s’apprête à démarrer. En route ! *** Je ne peux pas m’empêcher de me sentir toute petite en entrant dans la clinique. C’est pas une clinique, c'est un hôtel 5 étoiles ! Le lieu est très luxueux, aucun malade à l’horizon, aucune blouse blanche. Et ce n’est pas une banale cafétéria que j’aperçois, mais bien un bar lounge avec fauteuils et canapés en cuir… Je crois que sans ce boulot, je n’aurais jamais mis les pieds ici. Je n'ai pas les moyens de me faire soigner dans une clinique privée. Je ne me sens pas hyper à l'aise dans ce genre d'endroit, mais tant pis. Je dois faire l'effort pour le premier contrat de ma vie. Je me dirige vers l’accueil et la jeune femme qui me fait face affiche un sourire de circonstance. J’essaie de prendre de l’assurance et de donner à ma voix un ton clair et neutre. Mais le son qui sort de ma bouche est si bas que je suis obligée de me reprendre. – Bonjour, j’ai rendez-vous avec Léna Chaze. J'ai répété ce nom des dizaines et des dizaines de fois ! La jeune femme hoche la tête et m’indique la direction à prendre : sur ma droite, l’ascenseur, premier étage. Je la remercie, tente un sourire, crispé, et souffle encore une fois devant la porte de l’ascenseur pour sortir cette boule de stress qui me serre la gorge. Personne ne m’accompagne dans cette cage transparente. Je m’envole au-dessus du sol. Heureusement que c’est au premier, j’ai facilement le vertige. Le service où je débarque me frappe par son calme. Il y a vraiment des malades ici ? ! J’aperçois plus loin une sorte de bureau d’accueil, mais là encore, on est loin d’un bureau d’une assistante de médecin. Il ressemble plutôt à un bureau de direction. Une femme, cheveux tirés en chignon, maquillage impeccable, très recherché même, a les yeux rivés sur son ordinateur. Elle porte une blouse blanche, première preuve que je suis bien dans une clinique. Mais elle ne m’a pas entendue arriver. Je n’ai pas de talons qui claquent sur le sol, forcément… Bon, j’essaie la bonne vieille méthode. – Bonjour, dis-je en me raclant la gorge. La jeune femme semble contrariée d’être ainsi tirée de son occupation. Son regard se porte vers moi, me détaille de la tête aux pieds, pour finalement me lancer un regard interrogateur. – Bonjour, répété-je. Je suis Alice Brighton, j’ai rendez-vous avec Léna Chaze. – Ah oui, c’est vous, la peintre. Je dois vous montrer le service. Elle se lève. D’emblée, cette femme m’est antipathique. Même pas un bonjour ? ! J’ai l’air de mal tomber et visiblement s’occuper de moi lui est pénible. Elle ne semble pourtant pas submergée par le travail… Elle ne me décroche aucun mot, je prends le parti de la suivre. Et de l’observer. Elle a le physique typique des femmes que l’on peut croiser sur les plages de Miami : blonde, fine et bronzée. – Alors, c’est ici, reprend-elle en s’arrêtant dans ce qui semble être une salle d’attente. Si je me souviens bien des instructions, vous devez vous occuper de ces deux murs. Je hoche la tête, m’approche des murs. Je pose ma main pour juger du support. – J’ai aussi un planning à vous donner, dit-elle en tournant les talons. Je la retiens : – Euh… Excusez-moi, mais, vous n’avez pas de thème à me définir ? Des couleurs ? Des motifs ? Des attentes ? Léna Chaze se retourne et me toise : – Faites comme vous le sentez. Inspirez-vous des lieux, je ne sais pas moi, c’est votre job. Sur ces mots, elle repart vers son bureau. Je dois avoir l’air ahurie. Non seulement cette femme me parle avec beaucoup de mépris mais en plus, je dois travailler sans repères. Ça commence bien ! J'espère au moins qu'elle n'a pas « oublié » de me donner les précisions ! Je suis l’assistante et la retrouve en train de fouiller dans ses dossiers. – J’ai établi un planning pour organiser vos venues. Il est évident que vous ne devez pas être là pendant les consultations pour ne pas indisposer nos patientes. J’attrape le document qu’elle me tend. Finalement, cette idée de travailler quand il n’y a personne m’enchante. Je serai plus tranquille ! – Vous devez également vous montrer discrète. Pas de musique, vous travaillez en silence. Il se peut que le docteur Law travaille sur ses dossiers en dehors de ses consultations, il ne doit en aucun cas être dérangé. C’est un homme très occupé, un illustre médecin, il ne s’occupe pas de la décoration de la clinique, dit-elle en insistant sur ces derniers mots. De toute façon, il se peut qu’il ne vous voie pas, même s’il vous croise, ajoute-t-elle aussitôt pour bien me signifier ma place.


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