Un été avec Nathalie Sarraute

Où va-t-il, celui-là, plein d'ardeur et d'allant ? Voyez-le traversant en toute hâte la chaussée sans prendre garde aux signaux, il est tellement pressé, il déteste tant faire attendre... surtout un ami, et un ami pareil, toujours si délicat, si prévenant. Justement il est déjà là... J'espère que vous venez d'arriver, je suis bien à l'heure, n'est-ce pas ? – Oui oui, ne vous inquiétez pas, c'est moi aujourd'hui qui suis en avance. Alors quoi de bon, alors quoi de neuf depuis la dernière fois ? Ah, et d'abord qu'est-ce qu'on commande ?

Réunis par leur goût commun pour ce cadre modeste, mais vivant, mais très doux, pour ce menu simple mais de qualité excellente, laissant cette union se corser par de légères différences... Non ça, moi, je n'aime pas tellement... Non, ce n'est pas que je n'aime pas ça, mais en ce moment... et puis dépliant leur serviette, se rejetant un peu en arrière pour mieux se voir... et aussitôt le flot de paroles jaillit. De la bouche duquel ? Mais de celui-ci qui bondissait à travers la chaussée, faisait tourner impatiemment le tambour de la porte et se précipitait dans la travée comme si déjà leur pression en lui était trop grande, comme s'il devait au plus vite se décharger... Mais de quels mots ? Quels mots étaient déjà en lui ? Il n'en sait rien, il n'y avait rien de tout prêt, rien de précis, juste de vagues schémas, des bribes de projets, il se laisse toujours conduire par l'inspiration du moment. Lui, celui qui courait, lui qui a attiré notre attention. Lui seul – pas l'autre. Pourquoi ? Parce que c'est de lui que le flot de paroles irrésistiblement s'échappe...

Rien de plus banal pourtant que ce que ce flot charrie... événements, nouvelles inédites, secrètes, articles, anecdotes, opinions, prévisions, expositions, films, pièces de théâtre, concerts, romans... on dirait qu'installé à bord d'un satellite d'où il observe la terre entière, il envoie à l'autre des signaux que l'autre enregistre, et auxquels à son tour par quelques signes brefs – paroles, hochements de tête, sourires ou rires – il répond, encourageant la performance... Alors pourquoi porter à cet échange tant d'attention ? Qu'y a-t-il à chercher dans ces signes d'une lecture si simple ?

  • Dans cet ouvrage, Nathalie Sarraute a repris, en la développant, la forme poétique de ses premiers textes brefs, Tropismes.
    Chacun de ces textes a été suscité par certaines paroles qui lui ont paru particulièrement riches en potentialités insoupçonnées. Insoupçonnées, soit parce que l'impact de ces paroles reste méconnu, soit parce qu'il est enseveli sous un amoncellement de représentations convenues, comme lorsqu'elles touchent aux thèmes éternels de l'amour et de la mort. Dans l'un et l'autre cas, le lecteur assiste ou, mieux, est appelé à prendre part aux diverses actions dramatiques qui sont ici mises au jour et se déploient. C'est un assez extraordinaire exercice !

  • Nathalie Sarraute, au cours d'une conversation, ou à un coin de rue, d'une oreille ou sur une page, attrape une phrase, un mot, une formule, convenue ou saugrenue, et les goûte, les soupèse, les laisse résonner en son for intérieur. Des derniers mots d'Anton Tchekhov aux réprimandes d'une mère à son fils, elle dissèque les usages de la parole et sonde l'infinie puissance du langage.

    « Mais qu'est-ce que c'est ? Rien de jamais encore éprouvé... c'est douloureux... délicieux... un trouble ? une excitation ? un émoi ? un désarroi ? Mais est-ce possible ? Est-ce ça ? Est-ce donc ça en moi aussi... Oui, ce ne peut être rien d'autre... c'est bien ça... s'épandant en moi partout, occupant tout... "l'amour"... c'est ainsi que ça se nomme. "L'amour" - c'est ça. » N.S.

  • Enfance

    Nathalie Sarraute

    Ce livre est écrit sous la forme d'un dialogue entre Nathalie Sarraute et son double qui, par ses mises en garde, ses scrupules, ses interrogations, son insistance, l'aide à faire surgir "quelques moments, quelques mouvements encore intacts, assez forts pour se dégager de cette couche protectrice qui les conserve, de ces épaisseurs [...] ouatées qui se défont et disparaissent avec l'enfance". Enfance passée entre Paris, Ivanovo, en Russie, la Suisse, Saint-Pétersbourg et de nouveau Paris.

    Un livre où l'on peut voir se dessiner déjà le futur grand écrivain qui donnera plus tard une oeuvre dont la sonorité est unique à notre époque.

  • Je suis incapable de faire mon autobiographie, déclare Nathalie Sarraute en 1979. Et pourtant... ce texte, écrit sous la forme d'un dialogue entre Nathalie Sarraute et son double, fait émerger comme par vagues, et avec une stupéfiante lucidité, des moments d'une enfance passée entre Paris, Ivanovo en Russie, la Suisse, Saint-Pétersbourg et de nouveau Paris.

  • Tropismes

    Nathalie Sarraute

    « Les tropismes, a expliqué l'auteur, "ce sont des mouvements indéfinissables, qui glissent très rapidement aux limites de notre conscience ; ils sont à l'origine de nos gestes, de nos paroles, des sentiments que nous manifestons, que nous croyons éprouver et qu'il est possible de définir". Vingt-quatre petits tableaux d'oscillations intérieures presque imperceptibles à travers clichés, lieux communs et banalités quotidiennes : vingt-quatre petits récits serrés, où il n'y a plus de trame alibi, plus de noms propres, plus de "personnages", mais seulement des "elle" et "il", des ils" et "elles", qui échangent leur détresse ou leur vide au long de conversations innocemment cruelles ou savamment féroces. [...] Textes très courts où une conscience jamais nommée, simple référence impersonnelle, s'ouvre ou se rétracte à l'occasion d'une excitation extérieure, recevant la coloration qui permet de l'entrevoir. » (Gaëtan Picon)
    « Mon premier livre contenait en germe tout ce que, dans mes ouvrages suivants, je n'ai cessé de développer. Les tropismes ont continué d'être la substance vivante de tous mes livres. » (Nathalie Sarraute, préface à L'Ère du soupçon)
    Initialement publié par Denoël en 1939, le premier livre de Nathalie Sarraute (1900-1999) est paru aux Éditions de Minuit en 1957, dans une nouvelle version où l'auteur avait retranché un chapitre pour en ajouter six nouveaux.

  • Entre 1980 et 1999, les éditions des femmes-Antoinette Fouque ont eu le bonheur d'accueillir Nathalie Sarraute lisant certaines de ses oeuvres majeures pour La Bibliothèque des voix. Madeleine Renaud, puis Isabelle Huppert, se sont jointes à elle pour lire « Tropismes ».

    « Il me semble qu'au départ de tout il y a ce qu'on sent, le "ressenti", cette vibration, ce tremblement, cette chose qui ne porte aucun nom, qu'il s'agit de transformer en langage. »
    C'est ainsi que Nathalie Sarraute (1900-1999) définissait ses premiers textes, les « Tropismes », parus en 1939.

  • Martereau

    Nathalie Sarraute

    Ce n'est pas par hasard que j'ai rencontré Martereau. Je ne crois pas aux rencontres fortuites (je ne parle évidemment que de celles qui comptent). Nous avons tort de penser que nous allons buter dans les gens au petit bonheur. J'ai toujours le sentiment que c'est nous qui les faisons surgir : ils apparaissent à point nommé, comme faits sur mesure, sur commande, pour répondre exactement (nous ne nous en apercevons souvent que bien plus tard) à des besoins en nous, à des désirs parfois inavoués ou inconscients.

  • Martereau

    Nathalie Sarraute

    "Ce n'est pas par hasard que j'ai rencontré Martereau. Je ne crois pas aux rencontres fortuites (je ne parle évidemment que de celles qui comptent). Nous avons tort de penser que nous allons buter dans les gens au petit bonheur. J'ai toujours le sentiment que c'est nous qui les faisons surgir : ils apparaissent à point nommé, comme faits sur mesure, sur commande, pour répondre exactement (nous ne nous en apercevons souvent que bien plus tard) à des besoins en nous, à des désirs parfois inavoués ou inconscients."

  • Ces "essais sur le roman" constituent la première manifestation théorique de l'école du "nouveau roman". Nathalie Sarraute y expose ses propres conceptions qui ont exercé une influence profonde sur les jeunes auteurs. De Dostoïevski à Kafka, de Joyce à Proust et Virginia Woolf, Nathalie Sarraute scrute l'oeuvre des grands précurseurs du roman moderne et examine leur contribution à la révolution romanesque de nos jours.

  • Cette oeuvre de Nathalie Sarraute ne comporte ni personnage ni intrigue. Son héros est un roman, Les Fruits d'Or, et elle a pour sujet les réactions que ce roman et l'accueil qu'il reçoit provoquent chez ceux qui l'aiment ou le rejettent.
    Il ne s'agit pas de peindre la réalité visible et connue. Les péripéties balzaciennes qui entourent le lancement d'un livre ne sont pas le domaine de Nathalie Sarraute. Il n'est ici question ni d'éditeurs, ni de publicité, ni des jeux des prix littéraires.

    L'auteur des Fruits d'Or est également absent. Seules sont montrées ces actions dramatiques invisibles et cependant très précises, qui constituent cette substance romanesque dont, depuis ses Tropismes parus en 1939, Nathalie Sarraute n'a jamais cessé d'étendre le champ et qui a déterminé toutes ses recherches techniques.

    En recréant ces mouvements dans le domaine du contact direct ou indirect avec l'oeuvre d'art, en les amplifiant parfois jusqu'à la satire, c'est à certains aspects essentiels du phénomène esthétique que touche ce roman.

    Ne faut-il pas dire aussi ce poème, tant dans cette forme romanesque nouvelle se confondent les limites qui séparent traditionnellement la poésie du roman.

  • "Voici les Guimier. Un couple charmant. Gisèle est assise auprès d'Alain. Son petit nez rose est ravissant. Ses jolis yeux couleur de pervenche brillent. Alain a un bras passé autour de ses épaules. Ses traits fins expriment la droiture, la bonté. Tante Berthe est assise près d'eux. Son visage, qui a dû être beau autrefois, ses yeux jaunis par le temps sont tournés vers Alain. Elle lui sourit. Sa petite main ridée repose sur le bras d'Alain d'un air de confiance tendre.
    Mais on éprouve en les voyant comme une gêne, un malaise.
    Qu'est-ce qu'ils ont ? On a envie de les examiner de plus près, d'étendre la main... Mais attention, un cordon les entoure. Tant pis, il faut voir. Il faut essayer de toucher... Oui, c'est bien cela, il fallait s'en douter. Ce sont des effigies. Ce ne sont pas les vrais Guimier."

  • Six personnages ne peuvent poursuivre un dialogue normal à cause du silence d'un septième. L'existence de vide au coeur de l'échange traditionnel fait naître une spirale infernale où chacun est entraîné jusqu'à la destruction de toute vérité, de tout langage. Mais cette cantate à six voix en contient pourtant une septième, celle de l'humour.

  • "- Quelque chose apparaît...
    - Oui, qu'est-ce que c'est ?
    - Pour le moment ce n'est qu'une main. L'homme à qui elle appartient, on ne le voit pas, il reste dans l'ombre... Sa main seule est là en pleine lumière devant nous... une longue main un peu noueuse aux ongles coupés ras...
    - Et maintenant aussi dans ce visage à peine visible, pas même des yeux... juste le regard...
    - Il regarde intensément sa main posée sur la table.
    - Et dans son regard tant d'amour... C'est ainsi chez ceux qui s'aiment... leur amour va d'abord à tout ce qu'ils peuvent apercevoir d'eux-mêmes... leurs mains, leurs pieds, leurs avant-bras... et puis dans la glace leur reflet..."
    Nathalie Sarraute.

  • Texte de la grande maturité de l'écrivaine, « Tu ne t'aimes pas » est une conversation secrète à l'intérieur d'une psyché morcelée. Les multiples voix s'interpellent, s'analysent, s'interrogent, s'adressent des reproches. Dans un monde où le narcissisme est gage de réussite, elles parlent au nom de toutes les personnes qui s'estiment peu, ne s'admirent pas, doutent, se moquent d'elles-mêmes, ne se défendent guère, dont les contours sont flous et les limites incertaines, celles que l'assurance des autres fait vaciller de leur axe, qui ne se font pas confiance, s'oublient et aiment les autres et d'autres choses plus qu'elles-mêmes.

    « Tu te souviens comme il s'est approché par-derrière, il a posé la main sur ton épaule... et il a prononcé d'un ton apitoyé, un peu attristé... "Vous savez ce que vous avez ? Vous ne vous aimez pas"... comme si ne pas s'aimer, soi, était une tare, une maladie... Chacun d'eux est sain, normal, chacun d'eux s'aime, et nous... on ne s'aime pas. » N.S.

  • Sous l'apparence conventionnelle de deux personnages - un vieil 'avare' et sa fille - sous leurs attitudes, leurs paroles, leurs pensées, celui qui raconte cette histoire découvre un monde invisible. C'est comme une vision au microscope. Mais ce qui se révèle ainsi est tellement complexe, rapide, insaisissable qu'il finit par être contraint d'abandonner et de revenir à l'apparence, aux conventions.
    Une passionnante exploration que ne permettent pas les formes du roman traditionnel.

  • Édition enrichie de Arnaud Rykner comportant une préface et un dossier sur l'oeuvre.

    Un homme est torturé par une idée qui loge dans la tête de sa collaboratrice. Cette idée, qui lui semble défier tout ce à quoi il croit, tout ce qu'il tient pour assuré, le fait souffrir par sa seule existence. Intolérant H. 2 ? Non, simplement attentif à tout ce qui se joue entre les êtres, à la contamination des esprits, à la torture des corps. Corps et idées se tiennent, pour le meilleur et pour le pire. Pour le pire surtout. Et l'on en rit, comme pour se protéger.

    Elle est là est la première oeuvre de Nathalie Sarraute à avoir été écrite directement pour le théâtre. Le thème de l'obsession, que l'on retrouve dans Enfance, est l'un des plus profonds, des plus préoccupants chez l'auteur. L'idée existe par les ravages qu'elle provoque, alors même qu'elle n'a pas été définie par les mots : c'est un genre dangereux et tout physique, "contre elle, on ne peut rien".

  • Neuf personnages se déchirent parce que l'un d'entre eux a osé rompre l'harmonie du groupe en dénonçant un petit mensonge apparemment sans conséquences, un de ces 'riens' qui tissent la trame du quotidien. C'est Pierre, l'ennemi, l'implacable machine à dire la vérité. C'est Pierre qu'il faut guérir. Pour cela tout sera bon : supplications, procès en règle, jeu de rôles en forme d'authentique psychodrame. Mais Pierre est le plus fort. Ses soupçons entretiendront jusqu'au bout la tension de cette farce aux allures de tragédie.

  • Isma

    Nathalie Sarraute

    Isma, c'est quoi ? Un prénom de femme ? Isma, Irma, Emma, Alma... petits noms à susurrer délicatement. Isma, une héroïne féminine dont le destin nous serait conté le temps d'une comédie ? Rien de plus insinuant qu'Isma, cependant ; rien de moins doux, de moins plaisant. Isma, c'est le petit bruit de bouche que font les Dubuit lorsqu'ils prononcent avec délectation les mots en -isme.

    Une fois de plus, Nathalie Sarraute nous donne ici une comédie des tropismes, ces mouvements involontaires, inconscients, en tout cas non dits, qui tissent ce qu'il y a d'impalpable dans les rapports humains. La manière de prononcer les mots suffit à opposer deux groupes humains. Dans un prodige de drôlerie inquiétante, l'auteur, qui semble ne traiter que de détails, nous livre sa vision de l'homme et de la société.

  • Ici

    Nathalie Sarraute

    "Arcimboldo. Tout ici est à lui. Ici est l'espace dont il a besoin pour prendre ses aises... répandre aussi loin qu'il le voudra ses ondes... Déployer sa désinvolture. Son outrecuidance.
    Qu'il fasse venir ici cela et encore cela, tout ce qui lui chante, ces fleurs, ces légumes, ces fruits, ces objets incongrus, ces bêtes étranges, qu'il en dispose comme bon lui semble... Arcimboldo, l'assurance même. L'affirmation. Le défi. Arcimboldo. Tout ici n'est que lui. Arcimboldo."

  • « Arcimboldo. Tout ici est à lui. Ici est l'espace dont il a besoin pour prendre ses aises... répandre aussi loin qu'il le voudra ses ondes... Déployer sa désinvolture. Son outrecuidance. »

    Avec « Ici », Nathalie Sarraute pousse ses jeunes « Tropismes » à leur stade ultime de maturation. Dans une narration diffractée propre au Nouveau Roman, elle prend les mots au mot, en évalue l'usure, décortique des noms propres peu communs, tente de les situer, poursuit sa recherche perpétuelle de justesse. L'autrice en lut huit chapitres pour « La Bibliothèque des voix » l'année de sa parution.

  • "Soudain il s'interrompt, il lève la main, l'index dressé, il tend l'oreille... Vous les entendez ?... Un attendrissement mélancolique amollit ses traits... Ils sont gais, hein ? Ils s'amusent... Que voulez-vous, c'est de leur âge... Nous aussi, on avait de ces fous rires... il n'y avait pas moyen de s'arrêter...
    - Oui, c'est vrai... Il sent comme ses lèvres à lui aussi s'étirent, un sourire bonhomme plisse ses joues, donne à sa bouche un aspect édenté... c'est bien vrai, nous étions comme eux... Il ne faut pas grand-chose, n'est-ce pas ? pour les faire rire... Oui, ils sont gais...
    Tous deux la tête levée écoutent... Oui, des rires jeunes. Des rires frais. Des rires insouciants. Des rires argentins. Clochettes. Gouttelettes. Jets d'eau. Cascades légères. Gazouillis d'oiselets... ils s'ébrouent, ils s'ébattent... Aussitôt restés entre eux ils nous ont oubliés."

  • Les lettres d'Amérique de Nathalie Sarraute offrent un aperçu inédit sur la personnalité de l'un des écrivains majeurs du XXe siècle. Elles témoignent d'une personnalité facétieuse, aussi prompte à l'émerveillement qu'au sarcasme. Ces vingt-quatre lettres, comme autant d'entrées d'un journal de voyage, dressent le portrait inattendu d'une jeune fille bondissante de soixante-trois ans, emportée dans une traversée continentale des États-Unis au début de l'année 1964. Écrites dans un style impressionniste, heurté, presque télégraphique, ces lettres à son mari absent montrent, outre la communion de ce couple, l'Amérique en pleine révolution culturelle et l'accueil triomphal reçu là-bas par la nouvelle littérature française.

  • 'Errant seul de nouveau dans ces étendues sans fin où il lui semble que personne avant lui n'a été tenté de s'aventurer... Aucune trace nulle part. Aucun jalon ici ni point de repère qui permette de conserver le sens des proportions. La plus inoffensive bestiole alerte toute l'attention, paraît aussi effrayante qu'un tigre...
    Tâtonnant, cherchant, mais quoi ? Il n'en sait trop rien. Cela ne porte aucun nom...'
    Là où une oeuvre littéraire prend naissance, grandit, ou meurt...

  • Entre la vie et la mort, explique Nathalie Sarraute, c'est l'état d'écartèlement entre deux pôles où se trouve piégé l'écrivain : entre la mort sociale de la réclusion que force l'acte d'écrire, et la recherche de l'approbation des vivants qui l'entourent, le lisent et le jugent. « Entre la vie et la mort » est l'histoire de tout auteur, de son cheminement d'enfant gribouilleur qu'on ne prend au sérieux jusqu'aux lauriers de la reconnaissance qui le font vivre au-delà de son existence terrestre.

    « Une tête passe par la porte entrouverte : Alors, ça avance, ou bien on rêvasse, on perd son temps... On est heureux au moins ? - Oui Madame, je suis heureux. - Ah, tant mieux, sinon... Vous savez qu'on doit se sentir heureux. Tous les vrais écrivains ont éprouvé ce sentiment. Quand on ne l'éprouve pas, je suis obligée de vous en avertir, c'est mauvais signe. » N. S.

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